Nous accueillons toutefois avec nous une invitée spéciale: Rose Jolicoeur, une amie d’enfance d’Audrey. Pour Rose, c’est une grande première: son tout premier voyage à l’extérieur du Québec… et son tout premier vol d’avion! Elle embarque dans cette aventure sans trop de stress, ayant suivi nos périples à travers le blog familial. Elle sait que, même si nous bougeons beaucoup, tout est toujours bien orchestré. Nous avons tellement hâte de vivre cette découverte à travers ses yeux, de ressentir avec elle cette fébrilité des premières fois.

Nous quittons Québec vendredi soir : un court vol vers Montréal, puis le grand départ avec un vol direct vers Istanbul. Après 8h30 de vol — dont environ 7 heures de sommeil bien mérité — nous atterrissons enfin dans cette métropole de plus de 15 millions d’habitants. L’aéroport est impressionnant: immense, ultramoderne, tout neuf. Il vient tout juste d’être inauguré et figure déjà parmi les plus grands aéroports d’Europe.
Le temps de passer les douanes, puis d’effectuer environ 90 minutes de transport jusqu’au centre-ville, et nous arrivons finalement à notre hôtel, le Turkoman Hotel.

C’est là que nous entendons, pour la première fois, l’appel à la prière résonner depuis les centaines de minarets qui ponctuent la ville. Immédiat: dépaysant. La fatigue est bien là, mais la faim l’est encore plus. Il est déjà 17h30, un samedi, et nous partons à la recherche d’un petit restaurant du quartier pour souper.
Nous commençons à nous imprégner de l’ambiance d’Istanbul. Les rues sont bondées, animées, presque étourdissantes. Les boutiques se succèdent, les commerçants interpellent les passants pour leur faire goûter un produit, entrer dans leur magasin ou admirer leurs étals colorés. Les trottoirs sont étroits, la circulation dense, et il faut constamment slalomer entre les gens. C’est un peu chaotique… mais incroyablement vivant. Cette ville ne dort jamais. Istanbul est réellement ce point de rencontre fascinant entre l’Occident et l’Orient.Notre hôtel est situé à moins de trois minutes de marche de deux monuments emblématiques: la Mosquée Bleue et Sainte-Sophie. Mieux encore, nous avons une vue directe sur la Mosquée Bleue depuis la terrasse de l’hôtel. Wow. La localisation est tout simplement parfaite. Avant d’aller nous coucher, nous allons prendre le temps de l’admirer de plus près, éclairée dans la nuit, majestueuse.


Sur le coin de la rue de notre hôtel, un vendeur de baklavas et de délices turcs attire immédiatement notre attention. Impossible de résister. Nous faisons un premier arrêt… qui deviendra rapidement un rituel quotidien. Le vendeur, Emir, est d’une gentillesse incroyable. Il nous fait goûter à tout: baklavas, loukoums, pistaches, douceurs au miel. Nous échangeons quelques mots, des sourires, et sans le savoir encore, nous venons de gagner un ami.

Il est 21h. Le corps dit stop. Les yeux se ferment presque tout seuls. Istanbul peut bien continuer de vibrer autour de nous : pour ce soir, on se laisse tomber dans le lit, le cœur déjà rempli et l’esprit fébrile à l’idée de ce qui nous attend demain.
Jour 2 – Entre mosquées, palais et continents Dimanche 29 mai 8h30. Notre tout premier déjeuner turc, servi sur la terrasse de l’hôtel. Olives, œufs à la coque, confitures de cerise et d’abricot, fromage feta et pain baguette… le tout accompagné d’une vue magnifique sur la ville. Déjà, la chaleur se fait sentir. Crème solaire, lunettes de soleil, et nous voilà partis à la découverte de cette ville millénaire qui a porté trois noms au fil de son histoire : Byzance, Constantinople et aujourd’hui, Istanbul.Nous commençons la journée par la célèbre Mosquée Bleue, construite en 1609 sous le règne du sultan Ahmet Ier. Pour entrer, les filles doivent se couvrir la tête. Foulards en place, nous franchissons les grandes portes de bois… et là, surprise: l’intérieur est en pleine rénovation. Seul le dôme est visible, tout le reste est dissimulé derrière des échafaudages et des toiles. On ne pense même pas à prendre des photos. Grosse déception. Cette mosquée faisait partie des incontournables de notre voyage. Bon… ce sera une bonne raison de revenir à Istanbul un jour.

Nous poursuivons ensuite vers Sainte-Sophie, anciennement cathédrale, puis mosquée, musée, et redevenue mosquée récemment. Construite en 537, elle a traversé près de 1 500 ans d’histoire. En arrivant aux barrières d’entrée… elles se ferment juste devant nous. Trop de visiteurs. Il fait 30 °C, le soleil tape fort. Après quelques minutes d’attente, nous décidons de changer de plan et de nous diriger vers le palais de Topkapi, en nous disant que nous reviendrons plus tard pour Sainte-Sophie.
Topkapi se trouve à une dizaine de minutes de marche. Nous entrons dans l’immense jardin et achetons nos billets ainsi que des audioguides pour mieux comprendre l’histoire de ce palais des sultans, construit en 1459. Une fois à l’intérieur, nous réalisons qu’il est déjà midi… et que nous avons faim. Problème: le billet n’est valide que pour une seule entrée. Impossible de sortir manger et revenir. Mauvaise planification de notre part. On visite quand même, mais disons que l’expérience est moins magique le ventre vide.


La partie la plus fascinante reste sans contredit le Harem, véritable palais à l’intérieur du palais. C’est ici que vivaient et étaient éduquées des centaines de femmes au service du sultan. Les décors sont magnifiques: dômes finement décorés, portes sculptées, fenêtres ouvragées. Nous visitons le trône et la chambre du sultan. Après environ deux heures, nous quittons finalement le site, affamés.

À la sortie, nous trouvons rapidement un petit restaurant parfait: falafels, hummus, tzatziki, kebab au poulet et limonade fraîche. Wow. Tout est délicieux… et surtout, la terrasse est à l’ombre. Quel soulagement !
Rassasiés, nous retournons vers Sainte-Sophie. Sainte-Sophie fut tour à tour basilique chrétienne, mosquée, musée, puis de nouveau mosquée. Elle incarne à elle seule les multiples couches d’histoire d’Istanbul. Cette fois, les portes sont ouvertes. Comme c’est désormais une mosquée, les filles doivent à nouveau se couvrir la tête. Ici, on ne prête pas de voile: il faut en acheter un. Elles prennent les moins chers (1 $), et en les déballant… fou rire général. Le tissu ressemble à un genre de chiffon rigide, presque géotextile. Audrey et Rose les mettent sur la tête et nous pleurons de rire. Probablement le meilleur dollar investi du voyage! Elles ont l’air de deux vieilles matantes cheap, ou de bergères d’un autre siècle. Pour les femmes en robes sans manches, il existe aussi l’option «robe de chambre avec voile intégré», dans le même tissu douteux.
Elles se sentent un peu mal à l’aise — on dirait presque un déguisement — mais pas le choix. On oublie sa dignité et on entre. Et là… wow. Sainte-Sophie est absolument splendide. Les dômes, les vitraux, les jeux de lumière, tout est grandiose. Mention spéciale à Audrey, qui ne se déguise jamais à la maison et qui parade ici devant des centaines de personnes avec un courage admirable.

La chaleur est accablante. Nous retournons à l’hôtel pour nous reposer quelques heures. À 17h30, nouvelle aventure: ce soir, direction le côté asiatique d’Istanbul. Pour s’y rendre, il faut traverser le Bosphore en traversier. L’achat des billets est un peu chaotique: trop de kiosques, trop d’options. Un homme nous aborde et nous propose de passer avec sa carte, en échange de l’argent comptant. Il ne parle pas anglais, mais on comprend. On hésite… puis on suit notre instinct. Bonne décision: c’était simplement un bon citoyen aidant des touristes perdus.
La traversée dure environ 30 minutes. Au milieu du Bosphore, moment symbolique: nous passons de l’Europe à l’Asie. De l’autre côté, changement complet d’ambiance. Quartier vibrant, artistique, beaucoup de jeunes, de musiciens et de cafés branchés. Nous trouvons un petit café et nous installons sur un banc, café glacé à la main. Devant nous, des musiciens jouent dans un parc, des jeunes dansent sur du rap turc. Il n’y a pratiquement aucun touriste. Le contraste avec l’autre rive est frappant. Les musiciens nous invitent à assister à leur spectacle en salle, prévu vers 18h30. Tentant, mais nous avons trop faim. On décline poliment et partons à la recherche d’un resto.


Nous tombons sur une rue remplie de street art, avec plusieurs restos et cafés. On choisit une pizzeria turque qui sert des pide « des pizzas allongées ». On en commande deux. Tout le monde boit un breuvage blanc autour de nous: l’Ayran. On essaie. Verdict: yogourt salé liquide, mousseux comme un latte. Un breuvage salé… non merci. On va passer pour le reste du voyage. Les pides sont correctes, sans plus. Déception. Heureusement, juste en face, un kiosque de gelato nous sauve la soirée.

Nous retournons vers le traversier et réussissons, cette fois sans aide, à acheter nos billets pour la traversée de nuit. À bord, les filles se font remarquer: des gars leur disent qu’elles ressemblent à Beyoncé et Shakira ! Aucune idée pourquoi…aucune ressemblance, mais on prend ça comme un compliment.

La ville illuminée est magnifique. En débarquant, nous repassons devant Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, toutes deux magnifiquement éclairées. Sur le chemin de l’hôtel, arrêt obligé chez Emir pour acheter des délices turcs. Nous rentrons finalement à l’hôtel à 23h, fatigués mais comblés.


Une journée dense, intense et incroyablement riche.
Journée 3 – Istanbul, entre vertige et émerveillement Lundi 30 mai Nous nous réveillons vers 6 h 30, encore un peu tout à l’envers à cause du décalage horaire (7 heures de différence avec le Québec). Comme toujours, la deuxième journée est la plus difficile. Le corps est ici, mais la tête dort encore à la maison. Aujourd’hui, direction le réputé Grand Bazar.Le Grand Bazar, fondé en 1461, est l’un des plus anciens marchés couverts du monde. À son apogée, il comptait plus de 4 000 boutiques et servait de véritable centre économique de l’Empire ottoman. Sur le papier, c’est impressionnant. En réalité, c’est un immense labyrinthe où l’on trouve de tout… surtout une avalanche de faux Louis Vuitton, Polo, Gucci et cie. Très honnêtement, ce n’est vraiment pas notre style. Trop fake à notre goût. Après quelques allées, on décide de battre en retraite.

Nous marchons ensuite vers la mosquée Süleymaniye, construite pour Soliman le Magnifique à partir de 1550. Soliman Ier est considéré comme le plus grand sultan ottoman. Sous son règne, l’empire s’étendait de l’Europe centrale jusqu’au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord. La mosquée, œuvre du célèbre architecte Mimar Sinan, domine la ville du haut d’une colline. Le lieu est majestueux, paisible, avec une vue superbe sur la Corne d’Or. Nous prenons le temps de visiter. Dans la cour, plusieurs tombeaux attirent notre attention. Sept sultans ottomans reposent ici, dont Soliman le Magnifique et son épouse Roxelane, une figure féminine influente de l’Empire.

Nous poursuivons ensuite notre route à pied vers le quartier de Balat, un secteur encore peu fréquenté par les touristes. Balat fut historiquement un quartier multiculturel, accueillant notamment des communautés juives, grecques et arméniennes. En chemin, nous traversons un quartier très conservateur où plusieurs femmes portent le niqab, entièrement vêtues de noir. Le contraste culturel est frappant. Nous sommes vraiment loin de nos repères. Avec la chaleur, on ne peut s’empêcher de penser que ce quotidien ne doit pas être facile. Après une quinzaine de minutes de descente, nous arrivons devant les fameuses maisons colorées de Balat. Jolies, oui… mais très populaires auprès des amateurs de photos parfaites. Quelques « instagrammeuses » enchaînent les poses, certaines avec une valise remplie de vêtements pour se changer. Un peu pathétique.
Nous continuons vers le quartier des antiquaires, où nous faisons une pause bien méritée pour boire un jus d’orange fraîchement pressé. Wow. Simple, frais, parfait.
Un peu trop brûlés par la marche, nous décidons de prendre un taxi pour nous rendre au Marché des épices, aussi appelé le Bazar égyptien. Construit en 1660, le Marché des épices était la dernière grande étape commerciale des caravanes venant d’Asie par la Route de la soie. Le chauffeur ne parle pas anglais et semble même ne pas connaître l’endroit. Très étrange. Nous négocions la course et partons quand même. En route, Steve lui donne les directions. Le chauffeur décide de rouler comme un fou, fait un clin d’œil à Audrey et trouve ça bien drôle.— « Michael Schumacher, F1! » lui lance Steve. Succès immédiat.
Heureusement, la circulation finit par le calmer. Nous arrivons à proximité du marché, car les rues deviennent piétonnes. Le bazar s’étend sur plusieurs artères animées avant d’atteindre le marché couvert. Les couleurs explosent, les odeurs d’épices nous enivrent. Nous achetons du poivre rouge et des pistaches. Le vendeur nous fait goûter différentes saveurs de thé et de noix. Un vrai festin sensoriel.

Retour à l’hôtel pour une pause bien méritée : repos et douche. Après 1 h 30, nous ressortons souper, puis allons admirer une dernière fois Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, illuminées.
Près de la place, nous repérons un restaurant sur le toit d’un édifice avec vue directe sur la Mosquée Bleue. On se dit qu’on aurait dû y souper… mais il est trop tard. Défi improvisé: accéder à la terrasse sans payer. Nous expliquons au serveur que nous souhaitons réserver pour le lendemain, mais aimerions d’abord voir la vue. Le tour de passe-passe fonctionne. Le maître d’hôtel nous fait monter par de minuscules ascenseurs, deux personnes à la fois. En haut, la vue est spectaculaire. Photos rapides, regard émerveillé… puis on dit qu’on va y réfléchir. Mission accomplie.
Sur le chemin du retour, arrêt obligé chez Emir, notre vendeur de baklavas. Dernières dégustations, derniers achats et quelques adieux chaleureux. Il est temps de dormir. Demain, réveil à 5 h pour prendre l’avion vers la Cappadoce. Une nouvelle page de l’aventure s’ouvre.