Jour 5 – De la ville au silence absolu
30 décembre 2024
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Départ très tôt ce matin. À 7 h pile, un microbus privé vient nous chercher à notre Airbnb à Gizeh. Destination: l’oasis de Baharyia, porte d’entrée du désert Occidental. Environ 5 heures de route à travers un paysage qui se vide progressivement de tout… sauf du sable et du ciel.
Plus on avance, plus Le Caire semble loin. Très loin. Le bruit disparaît, les immeubles aussi. Le désert commence à nous avaler tranquillement.

À notre arrivée à l’oasis, nous sommes accueillis par Mohammed Badawy et sa famille. Sourires francs, regards curieux, accueil chaleureux. C’est avec lui que nous partirons pour une expédition de 4 jours dans le désert, à bord de deux Jeep 4×4, avec tentes, nourriture, eau… et zéro réseau. L’aventure commence officiellement ici.
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Avant même de dîner, Mohammed nous embarque en jeep pour nous faire découvrir son coin de pays. Première halte: une ancienne forteresse britannique, vestige de la Seconde Guerre mondiale, perchée sur une colline à proximité de l’oasis. Construite durant la campagne d’Afrique du Nord, elle servait de poste d’observation et de contrôle du territoire. On grimpe à pied pour l’explorer. Vue spectaculaire sur toute la région. Le désert à perte de vue. Déjà, on sent que quelque chose est en train de changer en nous.

On reprend la route vers le lac de l’oasis. Oui, un vrai lac. De l’eau, des palmiers, de la vie… en plein désert. On enlève les souliers, on met les pieds dans l’eau. Mohammed a emmené ses deux garçons avec lui. Très vite, on joue, on rit, on éclabousse. Aucun mot en commun… mais aucun besoin non plus. Les sourires font toute la traduction.


Nous nous arrêtons ensuite dans une palmeraie de dattiers. Baharyia compte des centaines de milliers de palmiers, et ses dattes sont réputées dans tout le pays. Depuis l’Antiquité, les oasis comme Baharyia permettaient aux caravanes de traverser le désert grâce à ces sources naturelles. Ici, l’eau souterraine fait littéralement jaillir la vie du sable. Voir autant de verdure entourée de désert, c’est franchement fascinant.

Retour chez Mohammed pour le dîner. On mange tous ensemble dans sa maison. On nous sert un Koshari, le plat national végétalien d’Égypte, mélangeant riz, lentilles, pâtes (macaronis/vermicelles), pois chiches, garni d’une sauce tomate épicée (ail, cumin, coriandre) et d’oignons frits croustillants. Repas simple et délicieux. On partage le thé. Très vite, un lien se crée. On sent qu’on va rire, apprendre et vivre quelque chose de fort avec lui. L’excitation monte. On a tous hâte de partir dans le désert.
En après-midi, on change de décor… et carrément de planète.
Nous embarquons à bord de deux Toyota Land Cruiser avec notre guide et chauffeur Mohammed, l’autre conducteur Abdo et Amr, l’aide de camp. Direction le désert. Le vrai. On roule d’abord sur l’asphalte… puis, après une vingtaine de minutes, Mohammed quitte la route. Premier off-road. Le sable remplace le bitume. On sourit. Ça y est!


Nous arrivons dans le Désert Noir. Le paysage est saisissant. Des collines sombres, presque volcaniques, recouvertes de pierres noires. Ce désert doit sa couleur à des couches de basalte et de roches volcaniques projetées ici il y a des millions d’années. On descend des jeeps, on marche un peu pour se dégourdir les jambes et admirer ce décor complètement lunaire. Rien ne ressemble à ça ailleurs.


Nous roulons à toute allure, descendons les dunes comme des fous du volant, slalomons entre les rochers et le sable qui crisse sous nos pneus… et enfin, nous arrivons à la Montagne de Cristal. Dès qu’on pose les yeux sur le sol, c’est magique: des fragments de quartz et de cristaux scintillent au soleil. Mohammed nous fait descendre des Jeep et on se met à marcher sur ce tapis de pierres étincelantes et à toucher ces cristaux.


On continue notre route vers la région spectaculaire d’Al-Agabat. Le nom signifie littéralement «les merveilles» en arabe. Et franchement… c’est mérité. Des formations rocheuses blanches sculptées par l’érosion, des falaises isolées, des arches naturelles. On a l’impression d’être dans un décor de film de science-fiction. Le silence est total.



Puis, enfin… les dunes de sable de Karawin. Des vagues de sable à perte de vue. On court, on saute, on glisse, on rit comme des enfants. Le désert est immense, silencieux, puissant.




Mohammed nous montre ensuite une petite grotte naturelle. À l’intérieur, des fossiles marins, dont des algues. Oui, ici-même. Ce désert était autrefois un fond marin, il y a environ 40 à 50 millions d’années, lorsque la mer de Téthys recouvrait la région. Le désert nous raconte une histoire beaucoup plus ancienne que l’Égypte elle-même.




Le soleil commence à descendre. Les couleurs changent. Le sable devient doré, puis orangé, puis rouge. WOW. WOW. WOW. Aucun filtre Instagram ne pourra jamais rivaliser avec ça.


On arrive au camp. On monte les tentes. Mohammed allume le feu et nous prépare un souper barbecue sous les étoiles. Simple et savoureux.


La nuit tombe. Aucune lumière, aucun bruit… juste le désert immense, et nous au milieu. Les rires se mêlent à la chaleur du feu qui s’éteint doucement. Au-dessus de nous, des milliers d’étoiles scintillent dans un ciel noir. Allongés sur le sable, la Voie lactée s’étire comme un ruban lumineux. On se sent seuls au monde.

Puis vient l’heure de se glisser dans nos tentes. La température chute rapidement, mais Mohammed a pensé à tout: il nous tend des couvertures en poils de dromadaires, épaisses et lourdes. Bien au chaud, enveloppés, on s’endort en se disant que cette nuit restera gravée dans nos mémoires.
Quelle journée. Encore une fois, on se dit: «Comment c’est possible de vivre autant de choses en une seule journée?» Et pourtant… ce n’est que le début de notre aventure dans le désert. Jour 6 – Désert Blanc : Entre dunes, cristaux et feu d’artifice 31 décembre 2024
Réveil tôt pour admirer un lever de soleil inoubliable sur le désert, rose et doré. En ouvrant les yeux, surprise : des petites pistes dans le sable révèlent qu’un renard est passé par là pendant la nuit. Et… il a même croqué le sac à dos d’Audrey et déchiré la ganse! Un petit souvenir sauvage de son aventure nocturne dans le désert!

Petit-déjeuner en plein air même s’il fait encore froid ce matin, mais la nature est trop jolie pour nous refroidir!

Et c’est parti pour l’aventure vers les dunes de sable de Karawin. En chemin, le paysage est grandiose. Nous faisons quelques arrêts pour découvrir les pyramides blanches du désert ainsi que le rocher percé, comme en Gaspésie, au Québec, mais ici, il est dans le sable au lieu d’être en pleine mer!


Nous arrivons dans les dunes de mer de sable, où nous allons tenter le fameux surf de sable. Mais prudence: la dune est énorme et Mohammed nous conseille de glisser assis plutôt que de «surfer» debout. Une chute tête première pourrait finir à l’hôpital. On suit ses conseils et descendons les dunes assis sur nos planches. C’est vraiment l’fun! Le vent dans le visage, le sable qui vole…


PO et Audrey, plus téméraires, se lancent debout. PO tombe à la fin de sa descente et goûte au sable, tête première. Heureusement sans conséquence. Audrey choisit une pente plus douce et réussit sa course.

Après quelques descentes, on reprend la route, filant sur le sable jusqu’à 100 km/h!

Nous arrivons au pied d’une immense dune. Le chauffeur tente de la gravir… échec. Le jeep glisse et finit presque renversé entre deux lames de sable. Moment de panique. Nous réussissons à sortir du jeep et respirons enfin. Mohammed arrive avec l’autre véhicule et nous tire de cette situation périlleuse. Plus de peur que de mal, mais la leçon est claire: le désert est magnifique… mais impitoyable.

Prochain arrêt: la grotte de Djara, mystérieuse et impressionnante. Stalactites, stalagmites, vestiges d’une époque où l’eau sculptait le désert. À l’intérieur, surprise: une cinquantaine d’Égyptiens font la fête avec musique à fond, chandelles et danse. On se croirait dans une discothèque souterraine!

Après 20 minutes, ils partent et nous retrouvons enfin le silence sacré du lieu. Magnifique!

Nous dînons sur place, tout près de la grotte Comme le vent se lève, nos guides improvisent une petite palissade et positionnent les jeep pour nous protéger. Le résultat est étonnamment efficace.

Nous reprenons la route vers les dunes de Karawin. Nous roulons au moins deux heures en plein désert.

En chemin, nous faisons une halte à une source magique, minuscule oasis avec un ou deux palmiers au milieu du désert. Fascinant. Nos guides y puisent de l’eau et nous repartons.

Direction le bois pétrifié et sa forêt fossilisée, où nous admirons les formes étranges et anciennes, vestiges de millions d’années.

Enfin, le Désert Blanc, avec ses formations rocheuses incroyables: champignons, poulet, éléphant, lapin, tête de cheval et chameau. Le soleil commence à se coucher, illuminant le désert d’une lumière irréelle.






Beaucoup de touristes ont déjà choisi leur campement, mais Mohammed trouve pour nous un spot intime, parfait pour profiter du coucher de soleil. Pendant ce temps, il prépare le camp et le souper.

Nous allumons le feu et lançons doucement les festivités du Nouvel An. On chante, on rit, on partage la chicha d’Abdo, l’un de nos chauffeurs. Les chansons à répondre s’enchaînent. On leur fait découvrir un bout de culture québécoise et eux nous répondent avec leurs chants traditionnels égyptiens. Deux cultures, un feu, la même joie de célébrer ensemble.

Puis… surprise! Alors que nous pensions célébrer calmement le Nouvel An, on entend dire que l’armée est sur le site. Les guides s’appellent entre eux pour alerter les autres campeurs: il serait interdit de camper dans le désert. Notre feu, nos lumières… tout doit disparaître pour ne pas se faire repérer. Silence absolu, noir complet. Nous qui voulions une fête inoubliable, nous voilà plongés dans un froid glacial et sans ambiance.
On commence presque à se préparer à aller dormir… jusqu’à ce que Mohammed nous annonce sa surprise. Sur la gauche, un immense feu s’allume dans le sable, formant les mots « Happy New Year 2025 »! Éblouis, on court et on danse autour du feu… mais, bien sûr, l’armée nous voit de loin et arrive. C’est stressant, mais heureusement, le guide négocie habilement. Les militaires acceptent notre campement pour la nuit et repartent. La fête peut enfin commencer.

Minuit sonne enfin. Nous nous souhaitons nos meilleurs vœux pour 2025, entourés de dunes, d’étoiles et de nos 3 amis égyptiens qui veulent que tout se passe bien pour nous. Fatigués mais comblés, nous regagnons nos tentes deux par deux, conscients que le désert nous aura encore une fois offert une journée hors du temps et pleine d’émotions. Quel souvenir mémorable pour accueillir 2025 !
Jour 7 : Oasis de Dakhla 1 janvier 2025
Petit réveil au lever du soleil. La lumière douce éclaire lentement le désert autour de notre campement. Les formations blanches prennent des teintes rosées. On prend quelques minutes en silence pour admirer le paysage… puis, surprise: nous avons du réseau cellulaire.
On en profite aussitôt pour appeler nos parents et amis au Québec. Pour eux, il n’est pas encore minuit. On est pile à temps pour leur souhaiter la bonne année. Malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent, malgré le désert autour de nous, on est avec eux!


Nous prenons ensuite le petit-déjeuner dans un décor absolument extraordinaire. Le Désert Blanc est spectaculaire, un incontournable de l’Égypte, sans la moindre hésitation.
Après le déjeuner, nous terminons notre exploration, puis nous nous dirigeons vers l’ancien Désert Blanc. Ici, les formations rocheuses sont encore plus anciennes et sculptées par des millions d’années d’érosion. Le désert est blanc en raison de la craie calcaire déposée lorsque cette région était recouverte par la mer, il y a environ 90 millions d’années, à l’époque du Crétacé. Le vent et le sable ont ensuite façonné ces roches en formes étranges: champignons, animaux, silhouettes fantomatiques. On a l’impression de marcher dans un musée à ciel ouvert.

Il est ensuite temps de dire au revoir à deux de nos guides. Les adieux sont sincères et chaleureux. Les liens se sont créés vite, mais intensément, dans le désert.

Vers 9 h, nous rejoignons la route asphaltée où nous attend un minibus privé. Mohammed reste avec nous pour la suite de l’aventure, et les guides repartent avec les Jeep. Nous prenons la direction de l’oasis de Farafra, puis Dakhla, en traversant les dunes d’Abu Monqar et une portion de la Grande Mer de Sable. Environ 4 h 30 de route à admirer des paysages infinis. Le van est très confortable, spacieux. Nous sommes six, plus Mohammed et le chauffeur. Le désert défile lentement.
En chemin, nous arrêtons pour visiter les tombes d’El-Mezauaka (Muzawaka). Ces tombes, creusées dans la roche, datent de l’époque romaine tardive (Ier–IVe siècle). Elles sont remarquables pour leurs fresques colorées, mélangeant symboles égyptiens anciens et influences gréco-romaines. On y trouve aussi une petite église rupestre ornée de peintures étonnamment bien conservées. Une version plus intime, mais tout aussi fascinante.



Nous arrivons dans un village et arrêtons dîner dans un petit restaurant local. Soupe chaude, poulet BBQ, salade, riz et pain frais. Simple, mais délicieux.

En fin d’après-midi, nous arrivons au village médiéval d’El Qasr. Construit sur les ruines d’une ancienne forteresse romaine, le village a conservé son caractère fortifié: ruelles étroites, passages couverts, portes en bois massif. Nous avons un guide local qui nous fait visiter la vieille cité, l’école et la mosquée où nous gravissons les marches en bois au péril de notre vie(!) On imagine facilement la vie d’autrefois. Sophie et Vincent, qui étudient à l’université pour devenir enseignants, se font taquiner: «Et si vous faisiez votre stage ici, dans cette vieille école?»



Il commence à se faire tard. Nous reprenons la route vers Mout, la capitale de l’oasis de Dakhla. Juste avant d’y arriver, nous empruntons un chemin secondaire qui longe la campagne et les palmeraies de dattiers. Le contraste est saisissant: tout est vert, vivant, luxuriant. Difficile de croire qu’on est toujours en plein désert.
Nous arrivons à notre hôtel, Social House. Un petit bijou: maison traditionnelle en terre, chaleureuse et paisible. Les chambres sont charmantes… et surtout, il y a une douche chaude et une toilette. Après quelques jours de camping, ce luxe est plus qu’apprécié.
Notre hôte nous prépare le souper: des pigeons farcis au riz, appelés hamam mahshi, une spécialité égyptienne que nous voulions essayer. C’est très bon, mais un peu déstabilisant: le pigeon est servi entier, tête comprise. Intimidant… mais authentique.
Depuis quelques heures, Vincent ne va pas très bien. Il mange peu et reste discret. Habituellement, c’est notre bouffon, alors ce changement nous inquiète un peu. Comme il ne se plaint pas, on garde simplement un œil attentif sur lui. Il ne mange presque rien…
Au moment d’aller dormir, on réalise que Mohammed n’a ni lit, ni chambre. Il prévoit dormir sur le divan, avec rien. On est sous le choc. Sans hésiter, on retourne dans nos chambres pour lui apporter couvertures et oreiller. Les nuits sont fraîches, et les maisons en terre n’ont pas de chauffage. Il accepte, touché.
À ce moment-là, c’est clair: on est une famille. Et Mohammed en fait pleinement partie. On ne l’abandonne pas.
Il est temps d’aller dormir. Une autre journée incroyable vient de s’achever.
Jour 8 : Route sous escorte policière
2 janvier 2025
Nous nous réveillons très tôt: une longue journée de route nous attend, environ 8 heures sur papier… mais la réalité en décidera autrement. Il faut savoir que le segment entre la jonction d’Al-Kharga et la route d’Assouan comprend 260 à 300 km de routes anciennes, dégradées et peu entretenues, à parcourir lentement.
Au petit-déjeuner, mauvaise nouvelle: Vincent n’a pas fermé l’œil de la nuit. Fièvre, vomissements, grande fatigue. Il ne va pas bien. On lui donne des médicaments et on décide de surveiller son état de très près tout au long de la route.
Après le déjeuner, vers 6h, nous prenons la direction du village de Balat, dans le Wadi Al-Bashindi, avec l’idée de visiter le marché des dromadaires, avant de rejoindre l’oasis de Kharga (environ 2 h 30 de route). Mais rien ne se passera comme prévu.
À peine 5 km après avoir quitté Mut, nous sommes interceptés à un carrefour par la police locale. Passeports demandés. Dès qu’ils voient que nous sommes des touristes, le verdict tombe: nous devons obligatoirement être escortés par la police jusqu’à notre destination finale, en raison de menaces terroristes dans la région.
Au début, on croit à une blague. Mais non. C’est sérieux. Ironiquement, être escortés par des voitures de police armées nous semble presque plus risqué que rassurant… mais on n’a pas le choix.
Nous devons attendre près d’une heure avant que l’escorte policière arrive. Résultat : ll visite du marché de dromadaires tombe à l’eau. La police ouvre ensuite la route, mais roule à un rythme d’escargot.
À chaque changement de district, l’escorte est remplacée… et à chaque fois, c’est le même scénario : confusion, discussions interminables et longues périodes d’immobilisation, parfois près d’une heure. On a l’impression que personne ne prévient jamais le district suivant de notre arrivée. Chaque relève devient une surprise totale, comme si nous débarquions de nulle part, encore et encore. La route qui devait prendre 2 h 30 en prend finalement 5 heures. Dans la van, la frustration monte. On rage intérieurement.
Nous arrivons enfin à El-Kharga, la plus grande oasis d’Égypte et un important centre de production de dattes. On pense naïvement que notre calvaire est terminé. Erreur. La police nous suit toujours: une voiture devant et une derrière.
On s’arrête manger rapidement dans un petit boui-boui. Falafel sur le coin de la rue. Et bien sûr… la police nous escorte jusqu’au restaurant. Les gens nous regardent comme si nous étions des diplomates ultra-importants. La réalité: six voyageurs affamés mangeant debout. Sentiment franchement étrange.


À la sortie de la ville, visite express de deux sites.
D’abord, le temple d’Hibis, construit entre le VIe et le Ve siècle av. J.-C., principalement sous la domination perse. On y voit le roi Darius Ier représenté en pharaon, offrant aux dieux égyptiens. Un mélange culturel fascinant. Aucun autre visiteur.



Ensuite, la nécropole chrétienne d’El-Bagawat, l’une des plus anciennes d’Égypte, datant des IIIe au VIIe siècles. Plus de 260 chapelles funéraires en briques de terre crue, certaines ornées de fresques bibliques, dont une superbe représentation de l’Exode. Beaucoup de tombes sont partiellement effondrées, lentement englouties par le sable.


Nous reprenons ensuite la route vers Assouan. Juste avant l’embranchement, nouveau poste de contrôle. Et là… tout se complique sérieusement.
Changement d’escorte. On nous fait entrer dans le poste. Passeports confisqués temporairement. Le «grand chef» est absent. Personne n’ose prendre de décision. On nous annonce qu’il n’y a pas assez d’effectifs pour nous escorter, mais qu’on ne peut pas non plus nous laisser partir seuls. Les minutes deviennent des heures. Deux heures d’attente. Vincent ne va pas mieux, il dort dans la van. Nous en attend dehors et on ne sait pas trop ce qui se passe. On insiste pour partir, mais rien ne bouge. Puis une bombe tombe: après 16 h, il sera interdit de prendre la route, avec ou sans escorte, à cause des risques d’attaques nocturnes. Il est 15 h 30. Mohammed nous explique qu’il faut hausser le ton. Limite crier. Pour nous, Canadiens, c’est totalement contre-nature. Finalement, Steve joue la carte médicale: Vincent est malade et on doit partir. On leur dit qu’on doit aller à l’hôpital. Miracle. On nous laisse partir… seuls.
Après 2 h 30 de route sur une voie défoncée, ensablée et quasi déserte, Mohammed reçoit un appel: ordre de faire demi-tour. Mais il refuse catégoriquement. Continuer est plus sécuritaire que revenir.
Soudain, en plein milieu de nulle part: barrage policier. Quatre véhicules, mitraillettes visibles. Le sous-chef hurle. Demi-tour exigé. Situation absurde. Mohammed nous souffle: «Steve, toi tu peux leur crier dessus. Moi, je vais en prison.» Impossible pour Steve de crier après une police avec une mitraillette dans les mains!
Steve propose alors un compromis: on suivra la police jusqu’à Louxor, même si ce n’est pas notre destination. Louxor, c’est mieux pour l’hôpital que retourner en plein milieu de nulle part. Accord accepté.
Une heure plus tard, nouveau poste de contrôle à la bifurcation Louxor–Assouan. Mohammed discute avec le chef. Et là… miracle. Autorisation donnée: nous pouvons aller à Assouan sans escorte.
Il fait nuit. Nous sommes épuisés. Il reste encore 2 à 3 heures de route. À mi-chemin, nouveau barrage. Même scénario. Cette fois, Mohammed glisse discrètement un bakchich. Passage immédiat. Tout s’éclaire soudainement: ils attendaient probablement tous ça depuis le début.
Nous arrivons enfin à Assouan à 22 h. Une journée de 16 heures de route au lieu de 8h.
Épuisés, affamés, nous rejoignons notre Airbnb, en plein cœur du souk. Animation, kiosques, vie nocturne. On mange rapidement. Vincent va un peu mieux, mais est très fatigué. Toute la journée, on l’a surveillé de près. Il aura, malgré lui, servi de bouc émissaire dans notre folle aventure. Heureusement, le minivan confortable lui a permis de dormir par moment.

Mohammed nous annonce qu’il doit repartir immédiatement pour son oasis de Baharyia: 20 heures de route l’attendent. On refuse catégoriquement qu’il parte sans se reposer. On lui offre de dormir chez nous. C’est grand et il y a beaucoup d’espace. Il est très touché… mais refuse.
Il prend une douche, mange un peu, récupère des collations, de l’eau, des bananes, du pain… et repart avec le chauffeur. Il a un autre groupe dès le lendemain et veut absolument les accueillir. Quel dévouement. Quel homme. Le moment de se quitter arrive, et il est chargé d’émotions. Les larmes montent, des deux côtés. Mohammed n’a pas été qu’un guide: il a été un protecteur, un compagnon de route, un ami. Toujours attentif, calme, rassurant, généreux… même dans les situations les plus chaotiques. Sa gentillesse, son professionnalisme et son sens du devoir nous ont profondément marqués. Il a veillé sur nous comme sur sa propre famille, sans jamais compter les heures, ni l’énergie. Mohammed est une personne exceptionnelle et un guide hors pair. Nous le recommandons, sans la moindre hésitation, à quiconque souhaite découvrir l’Égypte de manière authentique, humaine et sécuritaire. Voyager avec lui, c’est bien plus qu’un voyage: c’est une rencontre qui reste gravée à jamais. Nous nous couchons enfin. Le corps vidé. L’esprit encore secoué. Et nous tombons endormis rapidement.