Cette journée débute tranquillement vers 8 h, alors que nous quittons notre Airbnb avec un nouveau chauffeur privé en direction d’Abu Simbel. Ce site mythique, situé à près de 280 km au sud d’Assouan, tout près de la frontière soudanaise, nécessite environ 3 h 30 de route à travers le désert nubien. Après le traumatisme du transport de la vieille, nous espérons ne pas avoir besoin d’escorte aujourd’hui!

Abu Simbel est l’un des sites archéologiques les plus impressionnants d’Égypte. Construit au XIIIᵉ siècle av. J.-C. par le pharaon Ramsès II, le complexe est taillé directement dans la roche. Le Grand Temple, dominé par quatre statues colossales de Ramsès II hautes de plus de 30 mètres (près de 100 pieds), impose le respect par sa démesure et sa précision. Juste à côté, le temple d’Hathor rend hommage à la reine Néfertari, l’épouse préférée de Ramsès II — un honneur exceptionnel à l’époque, où les reines étaient rarement représentées à égalité avec les pharaons.
Nous avions beaucoup lu sur la fréquentation du site: la majorité des visiteurs arrivent vers 8h le matin et repartent aussitôt après, en excursion éclair depuis Assouan, souvent en groupes organisés liés aux croisières sur le Nil. Nous avons donc fait un choix stratégique: arriver la veille, dormir sur place et visiter le site à l’aube, avant l’arrivée des foules. Résultat: pas de stress ce matin, nous prenons notre temps, déjeunons et prenons la route. Vincent va mieux et commence à nous faire des jokes, c’est bon signe. Finalement, ça se fait super bien, et pas besoin d’escorte! À notre arrivée au Tuya Hotel, idéalement situé à deux pas du site patrimonial, nous avons presque l’impression d’avoir l’endroit pour nous seuls. Nous nous installons confortablement dans la cour arrière, profitant du soleil et du calme.
Après le dîner, le propriétaire nous propose une excursion en bateau sur le lac Nasser afin d’admirer Abu Simbel depuis l’eau. Sans hésiter, nous acceptons. Vers 15 h 30, nous embarquons à six sur un grand bateau, accompagnés du capitaine et de son matelot. Thé chaud, coussins égyptiens, matelas disposés sur le toit du navire: tout est pensé pour le confort. L’équipage est aux petits soins et nous raconte l’histoire du lac Nasser, cet immense réservoir artificiel de plus de 5 000 km², créé dans les années 1960 lors de la construction du haut barrage d’Assouan. Avant cela, toute cette région était une vallée fertile, aujourd’hui engloutie. Le lac abrite encore une faune étonnante, dont des crocodiles du Nil.

Puis, au fil de la navigation, les temples apparaissent. Majestueux. Monumentaux. Abu Simbel mérite pleinement sa réputation. Découvert en 1813 par l’explorateur suisse Johann Ludwig Burckhardt, le site était alors presque entièrement enseveli sous le sable. Plus incroyable encore: dans les années 1960, les temples ont été découpés en blocs géants, déplacés et reconstruits 65 mètres plus haut pour les sauver de la montée des eaux provoquée par le barrage. Un exploit d’ingénierie et de coopération internationale sans précédent.


Alors que le soleil commence sa descente, ses rayons dorés illuminent les statues et confèrent au lieu une noblesse presque irréelle. Le coucher de soleil sur le lac Nasser, la lumière, le silence… tout est parfaitement aligné. De retour à l’hôtel, une chose est unanime: nous avons tous déjà hâte d’être au lendemain matin pour découvrir le site de l’intérieur, aux toutes premières heures du jour.
En soirée, nous partons explorer la petite ville en tuk-tuk avec une boîte de pick-up! Pour P-O et Vincent, c’est une première. Nous trouvons un chauffeur et nous entassons tous les six dans ce minuscule bolide, déclenchant de grands éclats de rire. Heureusement, le trajet est court: en moins de cinq minutes, nous sommes arrivés. C’est aussi ça, voyager avec de nouvelles personnes: redécouvrir des moments simples à travers leurs yeux.
Nous mangeons dans un petit resto local, puis, en flânant, nous croisons un barbier. Un sourire, un échange… et en moins de deux, nous voilà tous dans sa boutique. P-O se lance pour une coupe de cheveux. Puis vient l’épilation au fil — une technique traditionnelle d’épilation appelée threading, où le barbier utilise un fil tendu entre ses dents et ses mains pour retirer les poils. Une première pour nous tous.
Après P-O, Vincent, Sophie, Audrey et Steve tentent l’expérience. C’est à la fois surprenant, un peu douloureux… et franchement mémorable. Nous rions beaucoup. Preuve, s’il en fallait une, que ce ne sont pas seulement les temples ou les grandes excursions qui rendent un voyage magique, mais aussi et surtout, les rencontres, les imprévus et les petits moments partagés.
Nous rentrons nous coucher, l’alarme réglée à 5 h du matin. Abu Simbel nous attend.
Jour 10 – Assouan, entre temples sacrés et douceur du Nil
4 janvier 2025
Réveil à la noirceur. Le silence est presque solennel. À pied, nous nous dirigeons vers le site d’Abu Simbel. Nos billets sont déjà en main: pas de file, pas d’attente à faire. Nous sommes littéralement les premiers, seuls devant les portes fermées, fébriles et excités à l’idée de découvrir l’un des sites les plus mythiques d’Égypte. Nous sommes à plus de 1 100 km du Caire. Nous avons parcouru tout ce chemin pour vivre ce moment précis.
Les portes s’ouvrent. Nous avançons rapidement… et nous voilà seuls. Absolument seuls. Les gardiens déverrouillent les lourdes portes du temple à l’aide de leurs clés — impossible de ne pas penser à l’ânkh, symbole égyptien de la vie éternelle. Nous pénétrons dans le Grand Temple de Ramsès II. Majestueux. Impressionnant.


Les colosses, les bas-reliefs racontant les victoires militaires du pharaon, les fresques encore étonnamment bien conservées… tout est à couper le souffle.




Ce temple est aussi célèbre pour son prodige solaire: deux fois par an, les rayons du soleil pénètrent jusqu’au sanctuaire et illuminent les statues de Ramsès II et des dieux, symbole du lien entre le pharaon et le divin.
Nous prenons notre temps. Un privilège rare. En sortant, nous apercevons les premiers visiteurs arriver au loin. Difficile de croire que, quelques minutes plus tôt, ce temple mythique était rien qu’à nous.

En s’approchant des colossales statues d’Abu Simbel, notre regard se pose sur de petits détails étonnants: des graffitis gravés dans la pierre par des voyageurs d’un autre temps. Sur le visage de l’un des Ramsès, sur ses jambes ou ses pieds, apparaissent des noms et des dates — comme celui de Lecaros, inscrit en 1875. On imagine ces explorateurs, fascinés et émerveillés, posant leurs mains sur la même pierre que celle que Ramsès contempla il y a plus de 3 000 ans, laissant une trace de leur passage. Les premiers Graffitis!

Nous poursuivons vers le Temple d’Hathor, dédié à Néfertari, l’épouse bien-aimée de Ramsès II. Fait exceptionnel: les statues de la reine y sont de taille égale à celles du pharaon — un honneur rarissime dans l’Égypte ancienne.
Ici le temple est dédié a Hathor, déesse à la tête de vache ou portant des cornes enroulées autour d’un disque solaire, est la divinité de l’amour, de la joie, de la musique, de la danse et de la fertilité. À l’intérieur, les fresques aux couleurs délicates célèbrent Hathor et sa protection, tandis que des représentations de Néfertari participent aux rituels et fêtes dédiés à la déesse. Comme la majorité des visiteurs commencent par le Grand Temple de Ramsès, nous sommes encore seuls ici. Le soleil se lève doucement, teignant la pierre d’une lumière rouge et dorée: un moment suspendu, presque hors du temps.



La foule finit par arriver. Nous, comblés, restons près de trois heures sur le site avant de regagner l’hôtel, affamés mais remplis de joie. Après le déjeuner, le chauffeur de la veille, nous reconduit vers Assouan. Trois heures et demie plus tard, nous atteignons notre prochaine escale, Assouan.
Nous avons réservé un hôtel pas comme les autres. Le propriétaire vient nous chercher en felouque. Nous glissons sur le Nil, portés par le vent.

Devant nous: notre navire-hôtel, l’Anakob Hotel, amarré près de l’île d’Éléphantine. L’île d’Éléphantine doit son nom aux blocs de granite en forme de défenses d’éléphant qui se trouvent le long du Nil à proximité, et qui servaient autrefois de repères pour les voyageurs et les commerçants. Encore une fois, nous avons l’endroit presque pour nous: cuisine, salon, terrasse sur le toit garni de coussins et de matelas égyptiens, vue imprenable sur le Nil. C’est intime et chaleureux.

Affamés, nous partons explorer l’île à la recherche d’un petit restaurant. Nous dinons au bord de l’eau, puis poursuivons notre balade. Nous découvrons le Musée nubien Animalia, un petit musée privé qui offre un regard sur la culture nubienne: objets du quotidien, maisons reconstituées, vêtements traditionnels, photos et même des animaux empaillés. Nous avons choisi de séjourner sur l’île d’Éléphantine plutôt qu’au cœur d’Assouan pour profiter du calme et de la tranquillité, mais surtout pour découvrir cette culture nubienne et rencontrer ce peuple fascinant. La Nubie, région ancestrale du sud de l’Égypte et du nord du Soudan, possède une identité forte, intimement liée au Nil: ses habitants vivent en harmonie avec le fleuve et le désert, cultivent leurs terres, décorent leurs maisons avec des couleurs et motifs traditionnels, et perpétuent des traditions musicales et culinaires uniques. Explorer l’île permet d’apprécier leur mode de vie, leur hospitalité et leur patrimoine vivant, tout en s’immergeant dans un environnement authentique


Nous poursuivons notre exploration. L’île d’Éléphantine est un véritable labyrinthe: ruelles étroites, maisons colorées, cours intérieures, petits champs de légumes, formations rocheuses rondes et grises. Malgré tout, on s’y retrouve facilement — l’île est petite. Les échanges sont spontanés: sourires et salutations. Toutefois, la pollution est frappante: déchets au sol, dans l’eau… un contraste triste avec la beauté du lieu.



De retour sur notre bateau, un thé à la main, nous regardons le Nil s’embraser sous les derniers rayons du soleil.

En soirée, direction la ville pour souper et visiter le souk. Animé et bruyant. Les marchands nous interpellent et insistent: parfums, encens, sacs, sculptures, bijoux…. Après le calme du désert, cette frénésie nous fatigue rapidement. Nous décidons de rentrer.

Retour sur l’île en traversier. Mais avec la nuit noire, nous nous perdons un peu, ce qui nous fait bien rire. Aidés par les indications des locaux, nous retrouvons finalement notre navire-hôtel, ancré du côté est de l’île. Le clapotis de l’eau contre la coque nous berce. Nous nous endormons rapidement, la tête remplie d’images et d’émotions.
Une autre journée magnifique. Unique. On oserait même dire: exclusive. Jour 11 – Assouan, entre histoire et immersion locale Date : 5 janvier 2025
Aujourd’hui, notre programme s’annonce chargé ! Nous avions prévu de visiter le Haut Barrage d’Assouan, véritable prouesse d’ingénierie qui fournit l’électricité à tout le pays, mais avant cela, nous avions également prévu l’Obélisque inachevé, le plus grand obélisque antique jamais connu, ainsi que le magnifique temple de Philae. Ce dernier, premier des grands monuments de la Basse-Nubie, est situé depuis son déplacement à seulement 7 km au sud d’Assouan, sur l’île Agilka. On y vénérait Isis, la mère universelle, et il fut construit au IIIᵉ siècle av. J.-C. Mais avant de débuter tout ceci, rien de mieux qu’on bon déjeuner sur le pont du navire-hôtel et de profiter de la vue sur le Nil!
Cependant, rien ne se passe exactement comme prévu. Nous décidons de commencer par une visite plus humaine : l’école de l’île. Sophie et Vincent sont curieux de découvrir les classes locales. Accueillis chaleureusement par la directrice, nous passons un moment inoubliable avec les enfants.



Après ce beau moment, nous continuons notre exploration de l’île et allons dîner dans un restaurant local. Le propriétaire, voyant qu’on parle français, nous chante: « Il était un petit navire. »

Nous prenons le traversier et un vieux taxi pour nous rendre à l’Obélisque inachevé. Tous les six entassés dans ce bolide ancien, nous éclatons de rire à chaque secousse et virage.

À l’arrivée, nous découvrons enfin le site : la plus grande pierre jamais sculptée par les Égyptiens, encore dans sa carrière. Elle est longue de plus de 42 m et pèse environ 1 200 tonnes. Elle n’a jamais été transportée ni érigée à cause d’une fissure. Elle illustre la technique et l’ambition des Égyptiens, et rappelle que les obélisques servaient à orner temples et sanctuaires à travers le pays et dans le monde.

Mais nous sommes trop épuisés pour continuer le programme… et décidons de sauter Philae et le barrage. Stéphanie est un peu triste : avant le voyage, nous avions décidé, de ne pas prendre de guide mais de faire nos propres recherches sur les temples et sites. J’avais attribué une ville à chacun de nous ; chacun devait devenir le « guide » et expliquer légendes, anecdotes et faits historiques des sites de sa ville. Stephanie avait préparé Philae et Assouan avec enthousiasme, prête à nous régaler de son exposé… mais cette fois, elle n’aura pas l’occasion. Elle qui adore faire des exposés!
Nous terminons la journée au souk, et cette fois-ci nous trouvons un autre vieux taxi, pour 4, mais nous sommes six dedans! Ce qui nous offre encore de grands éclats de rire : un des meilleurs cinq dollars investis du voyage!

Flânant dans les ruelles animées, nous découvrons les étals colorés, sentons les épices et admirons l’artisanat local.

Enfin, nous regagnons notre bateau-hôtel sur l’île d’Éléphantine pour profiter des derniers rayons du soleil sur le Nil, thé à la main. En réalité, ce voyage n’est pas seulement fait de temples et de sites historiques: il s’agit surtout de savourer chaque instant, de découvrir les gens et de s’immerger dans la culture, en profitant pleinement du moment présent. Notre bateau, notre île, les rires et les rencontres: c’est cela aussi la magie de l’Égypte.
Jour 12 – Louxor, du Nil aux surprises locales
6 janvier 2025
Nous commençons la journée avec un petit-déjeuner sur le pont de notre navire, en admirant les premiers rayons du soleil illuminer le Nil. Le calme matinal contraste avec la frénésie d’Assouan, et nous nous réjouissons d’avoir choisi l’île: un petit isolement qui nous a permis de découvrir la culture nubienne à notre rythme. L’hôte nous sert un autre petit-déjeuner délicieux.

Après nos adieux, nous partons en taxi privé en direction de Louxor, avec quelques arrêts prévus en chemin. Anakob Hotel avait organisé le taxi pour 75 USD, un service qui s’avère très pratique pour la journée. La route suit le Nil, descend en direction de Kôm Ombo, puis bifurque vers Edfou pour visiter le célèbre Temple d’Edfou.

Le Temple d’Edfou, consacré à Horus, est l’un des mieux conservés d’Égypte. Sa construction dura près de 180 ans, entre 237 et 57 av. J.-C. Horus, dieu à tête de faucon, protecteur du pharaon et symbole de la royauté, est célèbre pour avoir vengé la mort de son père Osiris en affrontant Seth, le dieu du chaos. Ses hauts murs sont ornés de bas-reliefs détaillés illustrant mythes, légendes et rituels anciens, notamment les combats mythiques d’Horus et la vie religieuse quotidienne. Chaque cour, sanctuaire et colonne raconte une histoire ; son œil, l’Œil d’Horus, symbole de protection, de santé et de prospérité, apparaît également sur certains reliefs. Ce temple est une véritable capsule du passé, et sa grandeur impressionne par sa précision architecturale et la finesse de ses gravures.




Après cette visite, nous faisons une pause pour diner dans un petit resto au bord de la route, dans un village typique. Poulet BBQ et riz, simple et toujours savoureux. Nous profitons du moment pour explorer le village: les ruelles, les habitants qui vaquent à leurs occupations quotidiennes, les enfants curieux, les animaux. C’est fascinant de voir la vie loin du tourisme et cela donne un aperçu authentique de la Nubie et du sud égyptien.




En fin d’après-midi, nous arrivons à notre Airbnb à Louxor. Nous faisons quelques courses pour le petit-déjeuner du lendemain: fruits frais, pain, yogourt, jus et barres tendres. La simplicité de ces préparatifs nous fait sourire, car c’est exactement ce que nous aimons dans ce voyage: l’équilibre entre découvertes historiques et petits moments de la vie quotidienne.

Pour le souper, nous trouvons une pizzéria un peu par hasard. Le propriétaire, un Égyptien ayant vécu plusieurs années en Italie, gesticule avec ses mains comme un Italien. Il prend même l’accent italien dans sa manière de parler. Nous partageons nos souvenirs de voyages en Italie et créons une connexion instantanée. Ses pizzas sont délicieuses. Il nous raconte des anecdotes et nous rions beaucoup: encore une preuve que certaines rencontres humaines surpassent parfois la grandeur des pierres et des temples.

La soirée se termine avec le soleil disparaissant derrière les palmiers et le Nil. Demain promet d’être spectaculaire: lever prévu à 4 h pour les montgolfières au-dessus de Louxor. Nous nous couchons avec les images de la journée gravées dans nos mémoires.
Jour 13 – Louxor : Voler au-dessus des rois et plonger dans l’histoire 7 janvier 2025
Réveil toujours brutal alors qu’il fait encore noir! Le tour opérateur vient nous chercher en minibus et nous voilà en route vers la rive Ouest du Nil, avec quelques arrêts pour embarquer d’autres touristes. Une fois sur place, nous traversons le Nil en bateau où l’on nous sert des muffins et du thé. Il fait noir. Il fait froid. Nous reprenons ensuite des minibus jusqu’au site de lancement des montgolfières. Cette aventure est notre cadeau de Noël pour toute la famille: c’est comme un rêve de voler au-dessus de la Vallée des Rois et de découvrir Louxor du ciel, en famille.
Le gonflage des ballons se fait dans la noirceur de la nuit: les enveloppes s’illuminent comme d’immenses lampes colorées.
Nous prenons place dans la nacelle, quelques consignes de sécurité, et nous voilà dans les airs. Nous flottons au-dessus de l’Égypte antique. La météo est parfaite: peu de vent, l’air frais, et le soleil se lève doucement, révélant les contrastes saisissants entre le vert qui longe le Nil et le brun du désert environnant. Nous survolons le Temple funéraire d’Hatchepsout, la Vallée des Rois et les Colosses de Memnon. L’altitude nous offre une vue spectaculaire sur la vallée et les monuments, et la sensation de liberté est inoubliable.



À l’atterrissage, un minibus nous ramène sur la rive ouest, face aux Colosses de Memnon: deux statues colossales de pierre représentant Amenhotep III, gardiens silencieux de l’entrée du temple funéraire qui lui était dédié. C’est là que nous rencontrons Youssef, notre guide pour la journée.

Youssef nous conduit à un endroit unique, en campagne et c’est là que nous prenons le petit-déjeuner sur la terrasse d’un hôtel avec une vue sublime sur la campagne. Ça fait du bien de voir de la verdure. Il faut savoir que Égypte est composée de désert à 96%! Le restaurant a une petite ferme avec un bébé dromadaire. Évidemment, nous prenons le temps d’aller le voir!


Nous entamons notre exploration de la Vallée des Rois. Les pharaons y étaient enterrés dans des tombes creusées dans la montagne plutôt que dans des pyramides pour mieux protéger leurs sépultures contre les pillages. Le site se dessine comme une immense allée désertique et rocailleuse au pied de montagnes gigantesques, qui servent de pyramides, où s’ouvrent les entrées mystérieuses des tombeaux. Certains sont fermés selon un système de rotation afin de préserver les peintures murales des effets du tourisme.


Nous commençons par le somptueux tombeau de Ramsès IV (KV2), pharaon de la XXe dynastie. Son tombeau se distingue par un long couloir d’entrée et une chambre funéraire richement décorée de fresques illustrant des scènes religieuses et mythologiques. Les hiéroglyphes racontent des histoires sur la vie du pharaon et ses relations avec les dieux. On y trouve également des inscriptions liées à la protection du roi dans l’au-delà, des représentations de dieux et des passages funéraires destinés à guider son âme. Nous voulions poursuivre avec le tombeau de Séthi Ier (KV17), célèbre pour son corridor monumental et sa chambre funéraire mais malheureusement, il est fermé.


On décide donc de visiter la tombe de Toutânkhamon (KV62), l’un des pharaons les plus célèbres d’Égypte. Il régna très jeune, de 1332 à 1323 av. J.-C., et sa notoriété est largement due à la découverte de sa sépulture intacte en 1922 par l’archéologue britannique Howard Carter dans la Vallée des Rois. Sa tombe, bien que relativement petite comparée à celles de pharaons plus puissants, contient une salle aux trésors et une chambre funéraire richement décorée, illustrant la procession funéraire et les rites associés à sa vie après la mort. La découverte de KV62 a rapidement donné naissance à la fameuse « malédiction du pharaon ». Selon la légende, plusieurs membres de l’équipe de Carter seraient morts dans des circonstances mystérieuses peu après l’ouverture du tombeau, alimentant des récits dramatiques et une aura de mystère autour de Toutânkhamon. Malgré sa taille réduite, la tombe de Toutânkhamon offre un aperçu unique de l’art et de la vie religieuse de l’Égypte antique. Les hiéroglyphes, les fresques et les objets funéraires racontent l’histoire du pharaon, sa famille et ses croyances, donnant aux visiteurs un sentiment d’intimité avec l’une des figures les plus emblématiques de l’Égypte ancienne. Nous profitons d’un moment privilégié dans le tombeau de Toutânkhamon pour prendre une photo de la momie. Le surveillant propose de nous photographier! Un souvenir original! Comme l’accès à ce tombeau est payant en supplément, il y a beaucoup moins de touristes, ce qui nous permet de circuler librement et d’admirer les détails des hiéroglyphes et des fresques dans le calme.



Après cette visite, nous décidons de nous aventurer plus loin dans la vallée pour nous éloigner des foules. Nous marchons sous le soleil ardent jusqu’au tombeau de Thoutmosis III (KV34), un des pharaons les plus célèbres de la XVIIIe dynastie, connu pour ses conquêtes et son rôle majeur dans l’expansion de l’Égypte. Malheureusement, il est fermé au public, lui aussi.
Nous nous dirigeons alors vers le tombeau de Tausert et Setnakht (KV14). Tausert, femme pharaon de la XIXe dynastie, régna après la mort de son époux Sethnakht, qui lui-même avait restauré l’ordre après une période de troubles. Leurs tombeaux, fusionnés en un seul complexe, présentent des couloirs et des chambres ornés de hiéroglyphes détaillant les rituels funéraires et les scènes de la vie divine, ainsi qu’une décoration murale exceptionnelle illustrant leur légitimité et leur pouvoir. Il y a même une colonne qui n’est pas fini de peindre!



Dès les premiers pas dans la tombe de Ramsès V et VI (KV9), on ressent une impression immédiate de profondeur et de solennité. Le long corridor semble aspirer le visiteur vers un autre monde. Initialement conçue pour Ramsès V, pharaon au règne bref mais soucieux de grandeur et de raffinement artistique, la tombe fut ensuite agrandie et «usurpée» par son successeur Ramsès VI, désireux d’inscrire durablement son nom dans l’au-delà.
Les murs, entièrement couverts de textes sacrés et de scènes cosmiques, racontent le voyage nocturne du pharaon vers l’éternité. On y retrouve l’un des programmes décoratifs les plus complets de l’Égypte ancienne: le Livre des Portes, le Livre des Cavernes et le Livre de la Terre, autant de guides théologiques destinés à accompagner le roi à travers les épreuves de la nuit.
Sous le plafond céleste de la chambre funéraire, la déesse Nout déploie son corps protecteur au-dessus du défunt, incarnant le cycle solaire du jour et de la nuit. À cet instant, on se sent presque intrus face à cette quête d’éternité. Les couleurs, étonnamment vives, et la finesse des reliefs donnent l’impression troublante que ce voyage cosmique se poursuit encore, silencieux et immuable.





Ensuite, nous décidons d’en visiter une autre, celle de Ramsès III (KV 11). Dernier grand pharaon du Nouvel Empire, Ramsès III fut un souverain guerrier, défendant l’Égypte contre les Peuples de la mer. Sa tombe, l’une des plus longues de la Vallée des Rois, impressionne par ses décors riches et variés.
Ce qui frappe, c’est de se demander comment ces fresques ont été réalisées dans l’obscurité totale. Ici, aucune lumière naturelle, pas d’électricité, pas même de torches à flamme vive qui auraient noirci les plafonds. Les Égyptiens utilisaient de petites lampes à huile, avec une combustion presque sans fumée. Des équipes se relayaient dans cette pénombre, traçant d’abord les contours à l’ocre rouge, corrigés au noir par les maîtres, avant de sculpter et peindre les murs. Des œuvres d’art monumentales, créées dans le silence et l’obscurité, pour façonner l’éternité de leur roi.



Avec notre forfait, nous avions choisi de prolonger notre exploration en ajoutant les sépultures de Toutânkhamon et du pharaon Ay (WV23). La tombe d’Ay se trouve à l’extrémité ouest de la Vallée des Rois, isolée des autres sépultures. Ay fut le successeur de Toutânkhamon et conseiller influent de la XVIIIe dynastie; sa position éloignée traduit probablement son rang particulier et les choix politiques de son époque.
Pour nous y rendre, nous prenons un minibus et parcourons un chemin désertique jusqu’à une petite aire de stationnement où un gardien nous attend. À peine sortis du véhicule, nous marchons à travers une gorge étroite, entourés de parois rocheuses majestueuses, seuls au monde. L’ambiance nous fait ressentir l’excitation d’archéologues découvrant un site historique secret.

Après une descente raide, le gardien ouvre une grille uniquement pour nous: un privilège rare, confirmant que le supplément payé en valait largement la peine. Le tombeau d’Ay n’est peut-être pas le plus orné de la vallée, mais il possède son charme. L’édifice s’ouvre sur un escalier descendant vers un long corridor qui conduit à un vestibule, puis à la chambre funéraire principale et à une salle dédiée aux vases-canopes. Les murs sont ornés de peintures et hiéroglyphes raffinés, tandis que la salle mortuaire se distingue par ses fresques de scènes de chasse et par un imposant sarcophage, témoignage du pouvoir et du prestige du pharaon.


Après ces visites, nous avons faim et dînons dans un petit restaurant local. Nous poursuivons ensuite avec le Temple funéraire d’Hatchepsout. L’une des rares femmes à avoir régné comme pharaon en Égypte. Elle a pris le pouvoir vers 1479 av. J.-C., à la fin de la XVIIIe dynastie, après la mort de son mari Thoutmosis II, et a gouverné pendant environ 22 ans. Pour affirmer son autorité et légitimer son règne, traditionnellement réservé aux hommes, elle fit construire ce temple monumental à Deir el-Bahari, perché sur les falaises au-dessus de la vallée des Rois. Le site, avec ses terrasses superposées, ses colonnades et ses reliefs sculptés représentant ses exploits et ses divinités protectrices, est un exemple exceptionnel d’architecture et de symbolisme religieux.

Le soleil tape fort, mais il y a moins de monde, ce qui nous permet de profiter pleinement du site. Vincent et P-O prennent la pose devant les statues pour nous faire rire!


Nous ne visiterons pas la Vallée des Reines ni la tombe de Néfertari, car le temps et la fatigue se font sentir. Youssef nous reconduit à notre appartement de Louxor et après la douche bien méritée, nous retournons souper au restaurant de notre ami italien. Nous revenons à l’appartement et écoutons une série Netflix sur nos divans pour relaxer un peu après cette journée bien remplie.
Jour 14 – Louxor, la grandeur de la Rive Est 8 janvier 2025
Aujourd’hui, nous consacrons la journée à la rive Est de Louxor, le cœur vivant de l’ancienne Thèbes. Contrairement à la rive ouest, dédiée aux morts et aux nécropoles, la rive Est était celle des vivants et des temples religieux.
Nous décidons de nous y rendre à pied, direction l’un des temples les plus emblématiques de l’histoire pharaonique: le Temple de Louxor, situé au cœur de la ville moderne. Édifié vers 1400 av. J.-C. sous le règne d’Amenhotep III, puis agrandi par Ramsès II, ce temple était consacré au culte d’Amon et jouait un rôle central lors de la grande fête d’Opet, qui reliait Louxor à Karnak.
Sur notre chemin, une calèche s’arrête près de nous. Le cocher nous invite à grimper, promettant de nous déposer au temple pour une fraction du prix habituel. On trouve ça un peu louche… mais on tente l’aventure. Résultat: nous voilà tous les six entassés dans une calèche prévue pour deux. Fou rire total. Entre les secousses et nos éclats de rire, on ne réalise pas tout de suite que nous ne prenons absolument pas la bonne direction.
Quand on s’en rend compte, le cocher nous explique qu’il veut d’abord nous faire passer par «quelques boutiques» du souk. Là, c’est clair: on refuse. On lui demande de nous laisser descendre. L’ambiance se tend. Il est frustré, nous aussi. On le paie, on descend, et chacun repart de son côté, pas exactement en bons termes!

Un peu déboussolés dans les rues de Louxor, nous tombons sur un antiquaire. Finalement, le Temple de Louxor peut attendre. On entre, on fouille, on négocie et on repart avec quelques trésors. Le voyage, c’est aussi ça: savoir se laisser distraire.



Nous poursuivons notre marche et nous croisons sur notre chemin le Musée de la Momification, un petit musée fascinant qui explique en détail les rites funéraires de l’Égypte ancienne: extraction des organes, utilisation des vases canopes, techniques d’embaumement, résines, bandelettes et croyances liées à la vie après la mort. Une visite courte, mais très instructive.


En sortant, nous passons devant le Temple de Louxor, mais il est déjà passé midi… et la faim se fait sentir. Nous remettons la visite à plus tard. En observant le site de l’extérieur, on remarque qu’il ne reste aujourd’hui qu’un seul obélisque à l’entrée du temple. Son jumeau a été offert à la France au XIXe siècle et trône désormais sur la place de la Concorde à Paris.

Nous allons dîner et décidons de réessayer un plat égyptien emblématique: le koshari — ce mélange de riz, lentilles, pâtes, pois chiches et sauce tomate épicée que la femme de Mohammed nous avait fait découvrir dans le désert. Verdict: bon… mais rien n’égale la version maison.

En après-midi, nous reprenons un vieux taxi. Nous sommes entassés comme des sardines. Audrey est assise sur Vincent, sur le siège passager en avant. Sophie est couchée de tout son long sur nos cuisses, en arrière. Direction Karnak, situé à environ 3 km au nord de Louxor. Le complexe de Karnak est le plus grand ensemble religieux jamais construit dans l’Antiquité. Développé sur plus de 2 000 ans par des générations de pharaons, le site couvre près de 100 hectares.

Dès l’entrée, c’est impressionnant!



Nous traversons la grande allée des sphinx, puis pénétrons dans la salle avec ses 134 colonnes géantes, certaines atteignant plus de 20 mètres de hauteur. Les murs et les colonnes sont couverts de bas-reliefs racontant les victoires militaires, les offrandes aux dieux et les rituels sacrés.




On remarque que certains reliefs sont profondément sculptés alors que d’autres semblent martelés ou effacés. Cette superposition raconte une lutte de pouvoir: chaque pharaon tentait d’imposer son héritage, parfois en effaçant celui de ses prédécesseurs. Plus tard, les prêtres d’Amon, devenus extrêmement puissants, rivaliseront d’influence avec les pharaons. Puis viendront les Romains, qui transformeront certaines parties du site en sanctuaires à leur image, ajoutant encore une couche à ce parchemin monumental.

Nous découvrons aussi le lac sacré, utilisé pour les purifications rituelles, les statues colossales de Ramsès II, les pylônes monumentaux, les cours cérémonielles… Karnak n’est pas un temple, c’est une ville sacrée, un livre d’histoire à ciel ouvert.



En traversant le temple de Karnak, nos yeux se lèvent vers les obélisques géants, dressés comme des flèches de pierre vers le ciel. Il en reste une douzaine sur le site, certains dépassant 30 mètres de hauteur et pesant plus de 200 tonnes. Fascinant de penser que ces blocs massifs, extraits de la carrière d’Assouan, ont été déplacés et dressés sans roue ni machinerie moderne. Rien qu’à imaginer leur extraction, leur transport et leur érection, on se sent minuscule face à l’ingéniosité de ces anciens artisans.
Certains obélisques furent érigés par Hatchepsout, la pharaonne visionnaire, tandis que d’autres par Thoutmosis I ou Ramsès II, chacun ajoutant sa touche à ce dialogue millénaire entre pierre, ciel et foi. Les murs gravés célèbrent les pharaons et les dieux, surtout Rê, le dieu Soleil, et la lumière joue un rôle essentiel: à certains moments, les rayons illuminent les inscriptions, comme pour rappeler que le pouvoir du pharaon et la protection divine perdurent à travers les siècles.

En fin d’après-midi, le soleil descend lentement et la pierre prend des teintes dorées. Les colonnes s’embrasent sous la lumière. Encore une fois, nous faisons partie des derniers visiteurs. Fermer un site comme Karnak, c’est un peu comme voir une page d’histoire se refermer derrière soi.


Toujours entassés dans un taxi improbable, nous terminons la journée au souk de Louxor. Ruelles animées, marchands insistants, rires et négociations… Puis nous montons sur le toit d’un restaurant pour souper et prendre le thé, avec vue sur la ville illuminée.

Nous rentrons à pied à notre hébergement pour mieux digérer. Le corps fatigué mais la tête pleine d’images. Une autre journée dense, imparfaite et drôle.
Jour 15 – dernière journée à Louxor 9 janvier 2025Ce matin, nous profitons une dernière fois de Louxor, en allant flâner dans le souk durant le jour. L’ambiance est complètement différente de celle du soir : plus calme. Nous savourons ces derniers instants avant de quitter la ville.


Avant de partir, nous mangeons dans le souk. Encore de bons plats locaux.
Nous retournons à l’appartement récupérer nos bagages. Le propriétaire a gentiment accepté que nous quittions un peu plus tard, ce qui nous permet de partir sans stress. 14h30, porte verrouillée, souvenirs en tête, nous prenons un taxi vers l’aéroport pour retourner au Caire.
Vol EgyptAir, départ prévu à 16 h 05. Nous arrivons tôt à l’aéroport… et heureusement. Il y a beaucoup de congestion et de files, mais tout se déroule finalement sans accroc. Sécurité passée, embarquement à l’heure. L’avion décolle comme prévu.
Nous atterrissons au Caire à 17 h 15. Dès la sortie, nous négocions une mini-van et replongeons instantanément dans le chaos familier de la capitale: circulation anarchique avec klaxons incessants et pollution. On ne s’ennuyait clairement pas de ce contraste après la quiétude du sud !
Cette fois-ci, nous avons choisi un Airbnb sur l’île de Gezira, plus connue sous le nom de Zamalek. Un quartier chic et moderne, parsemé d’ambassades et de restaurants branchés. Nous voulions être à proximité de la vieille ville tout en profitant d’un environnement plus calme et agréable pour nos derniers jours en Égypte.
Nous arrivons à l’appartement à la noirceur, sans vraiment pouvoir apprécier le quartier sur le moment.
Pour le souper, nous sortons à pied et choisissons un restaurant branché de Zamalek. O’s Pasta restaurant, clientèle locale et cuisine raffinée: ça fait changement des repas improvisés et toujours un peu pareils des jours précédents. Nous savourons ce moment, un peu comme une parenthèse chic après l’aventure.
Nous rentrons ensuite nous coucher. Une journée simple, sans grandes visites ni découvertes majeures, mais qui fait du bien!